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Black Dolls : mémoire, résistance et transmission


L’exposition Black Dolls – La collection Deborah Neff, présentée à La Maison Rouge à Paris en 2018, rassemblait près de 200 poupées noires artisanales, issues d’une collection de plus de 500 pièces fabriquées entre 1840 et 1940 par des femmes afro-américaines. Longtemps reléguées au rang de simples jouets domestiques, ces poupées apparaissent aujourd’hui comme de véritables œuvres d’art, rares et profondément politiques.

Réalisées en tissu, cuir ou bois, souvent cousues à la main avec les moyens du bord, elles étaient destinées aux enfants noirs, mais aussi parfois aux enfants blancs confiés aux soins de femmes noires esclaves ou employées domestiques. Certaines ont été transmises de génération en génération. Pourtant, on sait peu de choses de ces objets : la poupée n’a longtemps pas été considérée comme un objet digne de recherche dans nos sociétés.

J’ai eu la chance de visiter cette exposition, mais aussi de participer au colloque organisé au Quai Branly, dirigé par Nora Philippe, commissaire de l’exposition, en présence de Deborah Neff, ainsi que d’intellectuelles afro-américaines, d’anthropologues, d’artistes et de responsables de collections. Ces échanges ont profondément enrichi mon regard sur ces objets.

Dès l’entrée dans l’exposition, une atmosphère saisissante se faisait sentir. Ces poupées de chiffon, en apparence modestes, portaient une charge émotionnelle immense. On y ressentait la souffrance, le désespoir, mais aussi une force vitale et un courage inouï. Elles étaient les témoins silencieuses d’une époque marquée par la violence et l’effacement, mais aussi par la résistance.

Au-delà du jeu, la fabrication de ces poupées peut être lue comme un acte profondément politique : créer une poupée noire, c’était affirmer une existence, une beauté, une humanité niées par le système dominant. Chacune semblait porter un fragment d’âme, une mémoire incarnée. Les voir réunies en un même lieu dégageait une puissance bouleversante, presque rituelle.

Black Dolls m’a profondément touchée. Cette exposition rappelle que les objets les plus humbles peuvent devenir des vecteurs de mémoire, de transmission et de guérison, et que l’histoire se niche parfois là où l’on ne prend pas le temps de regarder.

 
 
 

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